Journal de bord d’une voyageuse multidimentionnelle

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Journal de bord d’une voyageuse multidimensionnelle- 06 Le dragon

Journal de bord d’une voyageuse multidimensionnelle

Entrée 06 — Le Dragon

Cette fois, je ne me suis pas réveillée quelque part ailleurs pendant la nuit. J’ai choisi de partir à la rencontre de ce qui, depuis trois ans, me répétait silencieusement qu’une part de moi devait « revenir à la maison ».

Il y a des choses que l’on comprend immédiatement.

Et il y en a d’autres qui arrivent dans notre vie bien avant que nous ayons les mots pour les comprendre.

Pendant trois ans, j’ai porté une phrase.

Une sensation, plutôt.

Quelque chose devait :

« revenir à la maison ».

Je ne savais pas quoi.

Je ne savais pas qui.

Je ne savais même pas vraiment ce que signifiait cette « maison ».

Je savais simplement que c’était important.

Trois ans plus tôt

J’en avais parlé à une amie.

Puis la vie avait continué.

Elle et moi avions passé une longue période à beaucoup moins nous parler. Pas de conflit. Pas de grande rupture. La vie, tout simplement.

Et cette étrange sensation était demeurée quelque part en arrière-plan.

Puis nous sommes arrivées en 2026.

Nous avons repris contact.

Nous nous sommes remises à jaser.

Et cette histoire est revenue.

Après trois ans.

Cette fois, quelque chose avait changé.

Toutes les deux, nous avons ressenti la même chose :

c’était le moment d’aller voir.

Alors nous avons réservé une avant-midi.

Elle allait me guider.

Et moi…

j’allais plonger.

Celui qui venait me voir depuis 2021

Il faut cependant revenir encore un peu plus loin.

Depuis 2021, un dragon apparaissait régulièrement dans mes perceptions.

Je le connaissais.

Enfin…

je pensais le connaître.

Je le percevais comme une sorte de protecteur.

Un allié.

Une présence qui venait parfois à ma rencontre.

Il avait une apparence très particulière.

Un dragon volcanique.

Noir.

Massif.

Anguleux.

Son corps semblait constitué d’une matière semblable à de la lave refroidie : noire, dure, presque minérale.

Mais lorsqu’il se mettait en colère…

tout changeait.

Les profondeurs de son corps devenaient incandescentes.

Rouge.

Or.

Feu.

Comme si la lave s’éveillait sous la pierre.

Disons qu’on comprenait assez rapidement qu’il n’était pas content. 😂

Pendant des années, je l’ai donc considéré comme un protecteur extérieur à moi.

Je n’avais jamais imaginé que notre lien puisse être d’une tout autre nature.

La planète des dragons

Pendant cette exploration guidée, je me suis retrouvée ailleurs.

Sur une planète.

Et à l’origine, cette planète semblait n’avoir été peuplée que de dragons.

Mon peuple.

Je savais que j’appartenais à cette communauté.

Je comprenais également que la part dragon que j’incarnais y occupait une place particulière.

Elle était respectée.

Écoutée.

Je ne pourrais pas aujourd’hui lui attribuer un titre précis.

Chef?

Gardienne?

Figure d’autorité?

Je ne sais pas.

Je préfère ne pas ajouter au récit ce qui ne m’a pas été montré.

Je savais simplement que ma parole avait du poids auprès des miens.

Mais notre monde avait changé.

Des êtres venus d’ailleurs avaient pris possession de la planète.

La conquête

Je les ai perçus comme des êtres involutifs.

C’est le terme qui correspond à la façon dont je les ai vécus pendant l’expérience.

Ils n’étaient pas venus partager notre monde.

Ils étaient venus le contrôler.

Ils avaient des projets pour cette planète.

Et pour obtenir la soumission de ses habitants, ils utilisaient la menace.

Les sévices.

Les représailles.

La peur.

La mort.

Ils ne menaçaient pas seulement les individus.

Ils menaçaient également ceux qu’ils aimaient.

Et progressivement…

les dragons avaient cédé.

Le canyon

Puis je me suis retrouvée dans une scène très précise.

J’étais au centre d’une sorte d’immense canyon.

Sous moi, un petit monticule de pierre.

J’y étais seule.

Autour de ce promontoire :

le vide.

Un immense espace creux me séparait du reste de la terre ferme.

Et beaucoup plus loin, disposés tout autour de moi en cercle, se tenaient une vingtaine de membres de ma communauté.

Ils me regardaient.

Je savais ce qui s’était produit.

Ils avaient tous fini par céder aux pressions des envahisseurs.

Certains pour se protéger eux-mêmes.

D’autres pour protéger leur famille.

D’autres encore parce que la menace était simplement devenue trop grande.

Je ne ressentais pas qu’ils étaient faibles.

Ils avaient fait ce qu’ils croyaient nécessaire pour survivre.

Mais il en restait une qui n’avait pas cédé.

Moi.

Faire un exemple

Et cela posait un problème.

Parce que tant qu’un seul dragon refusait de se soumettre, une autre possibilité demeurait visible.

La résistance.

Alors ceux qui contrôlaient notre planète avaient décidé de faire de moi un exemple.

Il fallait montrer aux autres ce qui arrivait lorsqu’on refusait.

La scène du canyon prenait alors un autre sens.

J’étais isolée.

Exposée.

Visible de tous.

Je ne sais pas exactement ce qu’ils comptaient me faire.

Je sais seulement que cette mise en scène devait servir à décourager toute rébellion présente ou future.

Mais pendant l’exploration, mon amie m’a invitée à ne pas rester uniquement à l’intérieur de cette scène.

À regarder plus loin.

À aller voir :

qu’est-ce qui se trouve derrière ce système?

Alors j’ai poussé l’exploration.

Et c’est là que les choses sont devenues vraiment étranges.

Derrière le tableau

J’ai découvert que ceux qui contrôlaient la planète n’étaient pas eux-mêmes au sommet de la structure.

Il y avait un système derrière le système.

Et derrière celui-ci se trouvait un être comme je n’en avais encore jamais rencontré.

J’ai beaucoup de difficulté à le décrire.

Il ressemblait à quelque chose situé entre…

une abeille et un papillon.

Oui.

Je sais.

Bienvenue dans mon univers. 😂

Il possédait de grandes ailes.

Et derrière son corps partaient d’étranges extensions.

Des sortes de cordons qui continuaient au loin et disparaissaient derrière lui — ou elle.

Parce que progressivement, je l’ai plutôt ressenti comme une sorte de :

« reine ».

La Reine

J’ai tenté d’entrer en relation avec elle.

Disons qu’elle n’était pas particulièrement intéressée à collaborer avec mon enquête.

Pas une immense surprise. 😉

Mais en continuant à observer, j’ai commencé à comprendre le fonctionnement de ce que je voyais.

Cet être n’occupait pas simplement un rôle dans le système.

Sa vie entière était liée à ce système.

Son énergie vitale en dépendait.

Derrière elle se déployaient ce que je percevais comme deux grandes chaînes ou réseaux.

Différents êtres y étaient connectés.

Ils avaient été recrutés, capturés, convaincus ou contraints d’une manière ou d’une autre.

Et tous participaient à quelque chose qui ressemblait à un immense système de pompage énergétique collectif.

L’énergie était récupérée.

Transformée.

Puis utilisée comme une sorte de carburant.

Mais la Reine n’était toujours pas au sommet.

Il existait encore quelqu’un — ou quelque chose — au-dessus.

Le grand patron

Je n’ai jamais rencontré le « grand patron ».

Manifestement, il n’avait aucune envie de venir se présenter.

Je savais seulement que l’énergie remontait vers lui.

La Reine dirigeait le système.

D’autres êtres alimentaient les réseaux reliés à elle.

Et elle-même était connectée à ce qui se produisait sur notre planète, notamment à cette forme d’emprise exercée sur les dragons.

Un système dans un système dans un autre système.

Et puis…

parmi les êtres reliés à l’un de ces cordons…

j’ai reconnu quelqu’un.

Mon ami

Je savais qui il était.

Un ami.

Et immédiatement, j’ai compris comment il s’était retrouvé là.

Il avait cédé au chantage.

Pas par désir de pouvoir.

Pas parce qu’il adhérait nécessairement à ce système.

Pour protéger sa famille.

Et maintenant, il était pris dedans.

Dans la logique de l’expérience que je vivais, personne ne quittait vivant cet engrenage.

Cette compréhension m’a profondément attristée.

Parce qu’à cet instant, je ne voyais plus seulement des « méchants » d’un côté et des « gentils » de l’autre.

Je voyais aussi des êtres pris dans des choix impossibles.

Des êtres qui avaient cédé.

Des êtres qui avaient eu peur.

Des êtres qui avaient voulu protéger ceux qu’ils aimaient.

Et qui, maintenant, alimentaient eux-mêmes le système qui les maintenait prisonniers.

Pousser jusqu’à ce que quelque chose cède

La suite est malheureusement plus floue dans ma mémoire.

Je sais que nous avons continué.

Questionné.

Poussé.

Cherché les endroits où ce système tenait encore.

Je ne pourrais pas reconstruire fidèlement toutes les étapes.

Alors je ne vais pas les inventer.

Mais quelque chose a fini par lâcher.

L’emprise exercée sur les dragons s’est rompue.

Cette forme de contrôle que je percevais comme mentale ou énergétique n’avait plus la même prise.

Et avec cette rupture…

quelque chose est revenu.

Ma liberté.

Reprendre mon pouvoir

Mais ce qui me frappe aujourd’hui, c’est que retrouver ma liberté n’a pas consisté uniquement à vaincre un ennemi extérieur.

Il y avait autre chose.

Je devais également reconnaître ce que cette expérience avait fait à cette part de moi.

Ses blessures.

Sa colère.

Sa dureté.

Sa résistance.

Mais aussi sa puissance.

Sa loyauté.

Son courage.

Sa capacité à tenir debout lorsque les autres avaient cédé.

Je ne pouvais pas accueillir seulement les parties lumineuses et héroïques du dragon.

Je devais accueillir l’ensemble de son histoire.

Et peut-être est-ce précisément là que s’est produit le véritable retour.

Pas lorsque le système a cédé.

Mais lorsque j’ai cessé de regarder ce dragon comme un être extérieur à moi.

Le soulèvement

La planète, malheureusement, n’a pas survécu.

Après la libération, le peuple s’est soulevé.

Les dragons se sont retournés contre ceux qui les maintenaient sous emprise.

Et quelque chose s’est produit qui a conduit à la destruction complète de la planète.

Une explosion.

Notre monde n’existait plus.

Mais cette histoire possède malgré tout une lumière importante :

le peuple a survécu.

Les habitants ont réussi à partir.

Ils ont migré vers d’autres planètes.

Ils ont perdu leur monde d’origine…

mais pas leur existence.

Leur alma mater n’était plus.

Eux, oui.

Et soudain, j’ai compris qui était le dragon

Puis l’expérience a commencé à prendre une dimension beaucoup plus personnelle.

Je pensais connaître ce dragon depuis 2021.

Je croyais qu’il venait me protéger.

Je pensais qu’il était une présence qui m’accompagnait.

Mais pendant cette traversée, quelque chose s’est replacé.

Ce dragon n’était pas seulement avec moi.

Dans la façon dont j’ai vécu cette expérience…

il était une part de moi.

Une expression de mon Être que je percevais comme séparée.

Une part que je ressentais depuis plusieurs années sans comprendre pourquoi elle revenait constamment vers moi.

Et soudain, la phrase vieille de trois ans a repris tout son sens.

Quelque chose devait revenir à la maison.

Qu’est-ce que cela signifie, « une part multidimensionnelle »?

Je veux apporter ici la même nuance que dans les autres pages de ce Journal.

Je raconte cette expérience telle que je l’ai vécue.

Je ne peux pas démontrer objectivement qu’une planète peuplée de dragons a existé.

Je ne peux pas prouver qu’une partie de mon âme y vivait.

Je ne sais pas davantage si la Reine, ses réseaux ou les événements rencontrés correspondent à une réalité indépendante de ma conscience.

On pourrait regarder cette expérience comme un extraordinaire récit symbolique.

Une manifestation de l’inconscient.

Une expérience spirituelle.

Une exploration en état modifié de conscience.

Une réalité multidimensionnelle.

Ou quelque chose que nous ne savons simplement pas encore nommer.

Je laisse la porte ouverte.

Mais je sais ce que l’expérience a représenté pour moi.

Lorsque je parle aujourd’hui de récupération ou de reconnexion à une part multidimensionnelle, c’est exactement ce genre d’expérience que j’essaie de décrire.

Je ne veux pas dire qu’un morceau physique ou mesurable de mon âme flottait quelque part dans l’espace en attendant que je vienne le chercher.

Je parle plutôt d’une expérience dans laquelle une expression de moi, jusque-là ressentie comme extérieure ou séparée, a pu être reconnue, accueillie et réintégrée à ma compréhension de qui je suis.

Intégrer plutôt qu’effacer

Je n’avais pas besoin de transformer ce dragon en quelque chose de plus doux.

Je n’avais pas besoin d’effacer sa colère.

Je n’avais pas besoin de lui enlever sa dureté.

Après ce qu’il avait vécu, peut-être que sa carapace de lave refroidie avait parfaitement sa raison d’être.

Je pouvais simplement reconnaître :

sa blessure et sa force.

sa colère et sa loyauté.

son feu et sa capacité à protéger.

L’ombre et la lumière.

Encore une fois.

Non pas choisir l’une contre l’autre.

Mais permettre aux deux d’exister dans un ensemble plus vaste.

Le dragon n’était peut-être jamais parti

Et il y a finalement quelque chose d’assez beau dans le fait qu’il me rendait visite depuis 2021.

Pendant plusieurs années, je pensais :

mon protecteur est revenu.

Aujourd’hui, lorsque je repense à lui, une autre possibilité me touche davantage :

peut-être essayait-il simplement de me faire comprendre depuis tout ce temps…

« Regarde-moi. Reconnais-moi. »

Peut-être que « revenir à la maison » ne signifiait finalement pas le ramener d’un endroit lointain.

Peut-être que la maison était simplement cet endroit intérieur où je pouvais enfin dire :

je sais qui tu es.

Je ne sais pas si cette planète a réellement existé quelque part dans l’immensité de l’Univers.

Je ne sais pas si une civilisation de dragons a un jour dû abandonner son monde.

Je ne sais pas si ce dragon est littéralement une expression multidimensionnelle de mon âme.

Mais je sais qu’après cette expérience, quelque chose dans ma relation avec lui avait changé.

Il n’était plus devant moi.

Il n’était plus seulement celui qui venait me voir.

Il avait retrouvé une place en moi.

Et après trois années à ressentir que quelque chose devait revenir sans comprendre quoi…

j’ai enfin pu lui dire :

Bienvenue à la maison.

— Fin de l’Entrée 06 —

Journal de bord d’une voyageuse multidimensionnelle
Annie Tremblay | Annie_lightL

Journal de bord d’une voyageuse multidimensionnelle- 01 L’Émeraude

Journal de bord d’une voyageuse multidimensionnelle

Entrée 01 — L’Émeraude

Un fragment de mes voyages nocturnes — raconté tel que je l’ai vécu.

Il y a des rêves dont on se réveille en sachant qu’on a rêvé.

Et puis il y a ces expériences qui possèdent une texture différente.

Celles où je ne me sens pas simplement spectatrice d’un scénario fabriqué par mon sommeil. J’ai la sensation d’avoir été quelque part.

Cette nuit-là appartient à cette deuxième catégorie.

Je ne prétends pas savoir exactement ce qui s’est produit.

Était-ce un rêve particulièrement lucide? Une expérience symbolique? Une sortie de corps? Un voyage multidimensionnel? Une autre manifestation de la conscience?

Je laisse volontairement cette question ouverte.

Voici simplement ce dont je me souviens.

Le départ

Je dormais.

Et pourtant, à un moment précis, une partie de ma conscience s’est éveillée.

Je connaissais cette sensation.

Cette étrange rigidité qui précède parfois ce que j’associe à mes expériences de sortie de corps.

Puis cette impression presque physique de départ.

Comme prendre l’avion.

Pas métaphoriquement.

La sensation du départ. Du mouvement. Du passage d’un état vers un autre.

Et puis…

j’étais ailleurs.

La villa

Je me suis retrouvée dans une immense propriété.

Une villa magnifique, élégante, le genre d’endroit que l’on associerait spontanément à des personnes extrêmement fortunées.

Je ne savais pas où j’étais.

Je ne savais pas à quelle époque.

Je ne savais même pas quelle apparence j’avais.

Et pourtant, une chose était parfaitement claire :

j’étais en mission.

Je devais récupérer un objet.

Je savais ce que je cherchais sans pouvoir expliquer comment je le savais.

Quelque chose qui ressemblait à un bracelet, muni d’un imposant boîtier ou d’une pierre.

La villa semblait vide.

Je me déplaçais à l’intérieur en cherchant l’objet.

Jusqu’à ce que je réalise mon erreur.

Je n’étais pas seule.

L’homme

Un homme est apparu soudainement.

Il a essayé de m’attraper.

Tout s’est déroulé extrêmement rapidement.

Il m’a saisie. Je me suis débattue et, d’une manière que je serais incapable d’expliquer aujourd’hui, je suis parvenue à me libérer de ses bras.

C’est une caractéristique étrange de plusieurs de ces expériences :

ici, Annie ne sait pas nécessairement ce qu’elle ferait. Là-bas, celle que je suis semble le savoir parfaitement.

Je n’avais toujours aucune conscience précise de ma forme.

Je savais simplement comment bouger.

Comment réagir.

Comment m’échapper.

Et entre-temps…

j’avais trouvé l’objet.

La proposition

Ils étaient maintenant plusieurs.

Quatre hommes qui avaient l’allure de gardes du corps se tenaient autour d’un autre homme.

Celui-ci était différent.

Cheveux blancs.

Calme.

Posé.

Il ne semblait pas vouloir m’affronter.

Il voulait me convaincre.

Il me parlait presque comme si cette situation pouvait encore se terminer autour d’un verre.

Il savait que j’avais pris l’objet.

Mais plutôt que de me menacer immédiatement, il m’a fait une proposition.

Travailler pour lui.

Selon lui, mes compétences seraient utiles.

Ma « nature », particulièrement.

Ce mot ou cette idée est demeuré avec moi au réveil.

Ma nature.

Comme s’il savait parfaitement ce que j’étais.

Peut-être même mieux que moi.

J’ai refusé.

Il a insisté.

J’ai décliné de nouveau.

Non.

Quelque chose dans cette proposition ne m’intéressait absolument pas.

Alors son attitude a changé.

Pas de grande colère.

Pas de discours dramatique.

Seulement un geste adressé aux hommes qui l’entouraient.

Je savais ce que ce geste signifiait.

Éliminez-la.

La vibration

Et c’est là que quelque chose s’est produit.

Je n’ai pas attaqué.

Je n’ai pas couru.

Je n’ai pas levé les bras.

J’ai senti…

une vibration.

Quelque chose s’est activé à l’intérieur de moi.

Ou peut-être quelque chose a-t-il émané de moi.

Je ne sais pas comment mieux le décrire.

J’ai regardé les hommes.

Une fraction de seconde.

Et…

boum.

Ils sont tous tombés.

En même temps.

Je n’avais pas bougé d’un poil.

Je me suis penchée vers celui qui se trouvait près de moi.

J’ai vérifié.

Pas de pouls.

Nada.

Niet.

Il était mort.

Je ne me souviens pas avoir ressenti de triomphe.

Ni même réellement de peur.

Il y avait surtout cette étrange certitude que celle que j’étais dans cet espace savait exactement ce qui venait de se produire, alors que celle qui écrit ces lignes aujourd’hui n’en a absolument aucune idée.

Je n’ai pas attendu.

Je suis partie.

Le serpent noir

J’ai traversé la cour extérieure de la villa et me suis dirigée vers un épais fourré d’herbes et d’arbres.

Et là, mon corps a commencé à changer.

Je l’ai senti.

Ma forme humaine a disparu.

Mon corps est devenu long.

Puissant.

Noir.

J’étais devenue une sorte d’énorme serpent noir, quelque chose qui ressemblait à un anaconda.

Mais surtout…

j’étais incroyablement rapide.

Agile.

Parfaitement adaptée à cette forme.

Encore une fois, aucune surprise.

Aucune question du genre :

Mon Dieu, pourquoi suis-je un serpent?

😂

Non.

Dans cet espace, cela semblait parfaitement normal.

Cette forme était simplement celle dont j’avais besoin pour partir.

Alors je suis partie.

Vite.

Très vite.

La maison au milieu de nulle part

Lorsque la scène s’est stabilisée de nouveau, j’étais beaucoup plus loin.

Devant moi se trouvait une maison isolée au milieu d’une forêt.

Une maison blanche.

Un toit pointu.

Rien autour.

J’avais retrouvé ma forme humaine féminine.

J’étais debout à l’extérieur de la maison.

Et j’avais toujours l’objet avec moi.

Il était rangé dans un petit étui fait d’un tissu épais et doux.

Je l’ai ouvert.

Et pour la première fois, j’ai vraiment regardé ce que j’étais venue chercher.

L’Émeraude

L’objet occupait presque toute la paume de ma main.

Il ressemblait à un bracelet de cuir sur lequel était montée une pierre gigantesque.

Une émeraude.

Ou du moins quelque chose qui y ressemblait.

Ovale.

D’un vert profond.

Magnifiquement travaillée.

La pierre était taillée tout autour avec une précision extraordinaire.

Un véritable chef-d’œuvre.

Mais ce n’était pas simplement un bijou.

Je savais que cet objet possédait quelque chose.

Une fonction?

Une énergie?

Une technologie?

Une forme de magie?

Je n’en avais aucune idée.

Le seul mot qui me vient aujourd’hui est :

objet magique.

Pas au sens enfantin du terme.

Plutôt comme un objet possédant une propriété que je ne comprenais pas, mais dont je savais instinctivement qu’elle était importante.

Et suffisamment importante, manifestement, pour que quelqu’un m’envoie la récupérer.

Attendre le matin

Je suis entrée dans la maison.

L’intérieur était presque impersonnel.

Des pièces neutres.

Pas de photographies.

Pas d’objets personnels.

Rien qui permette de savoir qui vivait là.

Peut-être personne.

Je savais seulement ce que je devais faire maintenant.

Attendre.

J’allais passer la nuit dans cette maison.

Au matin, quelqu’un viendrait.

L’objet devait être remis en personne.

À qui?

Je ne sais pas.

Pourquoi?

Je ne sais pas davantage.

Qu’était réellement cette pierre?

Aucune idée.

Je savais simplement que ma mission n’était pas tout à fait terminée.

J’avais récupéré l’objet.

Je l’avais transporté jusqu’au lieu prévu.

Et il ne restait plus qu’à attendre celui ou celle à qui il était destiné.

Puis…

je me suis réveillée.

Au réveil

Pas de grande révélation.

Pas de voix m’expliquant la signification de l’expérience.

Pas de mode d’emploi de l’émeraude déposé sur ma table de chevet. 😉

Seulement les fragments extrêmement vivants de ce voyage.

La villa.

L’homme aux cheveux blancs.

Sa phrase concernant ma nature.

Cette vibration qui avait traversé mon corps.

Les hommes tombant simultanément.

La transformation.

Le serpent noir.

La maison blanche.

Et cette extraordinaire pierre verte dans ma main.

Je pourrais évidemment chercher à tout interpréter.

Le serpent pourrait symboliser la transformation.

L’émeraude pourrait représenter le cœur.

La villa pourrait symboliser le pouvoir.

L’homme aux cheveux blancs, une figure d’autorité.

La mission, quelque chose que mon inconscient tente de me raconter.

Et peut-être que tout cela serait pertinent.

Mais je pourrais également décider qu’il s’agissait d’une expérience multidimensionnelle vécue par une autre expression de mon Être.

Ou d’un mélange de plusieurs choses que je ne possède pas encore les mots pour définir.

Pour l’instant, je préfère ne pas enfermer l’expérience dans une explication.

Je la dépose ici.

Comme on déposerait sur une table un objet rapporté d’un voyage.

On peut le regarder.

Le tourner.

Se demander d’où il vient.

Imaginer son histoire.

Et accepter de ne pas encore connaître sa fonction.

Après tout…

un carnet de voyage n’est pas obligé d’expliquer tous les endroits qu’il traverse.

Parfois, son rôle est simplement de conserver la trace du passage.

Et quelque part, dans un lieu que je serais incapable de retrouver aujourd’hui…

il existe peut-être encore une petite maison blanche au milieu d’une forêt.

Et quelqu’un attend peut-être toujours que le matin arrive.

— Fin de l’entrée 01 —

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