Journal de bord d’une voyageuse multidimensionnelle – 07 Le polymorphe

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Journal de bord d’une voyageuse multidimensionnelle – 07 Le polymorphe

Journal de bord d’une voyageuse multidimensionnelle

Entrée 07 — Le Polymorphe

Cette entrée poursuit la traversée racontée dans l’Entrée 06 — Le Dragon. Après avoir retrouvé et intégré cette part dragon, l’exploration ne s’est pas arrêtée. Elle m’a conduite vers une autre conscience… et vers une histoire dont je n’ai compris la véritable nature qu’à la toute fin.

Je pensais avoir terminé.

Après tout, je venais de traverser l’histoire d’une planète de dragons, de rencontrer une part de moi que je croyais depuis des années être un protecteur extérieur, et de comprendre ce que signifiait cette sensation qui m’accompagnait depuis trois ans :

quelque chose devait revenir à la maison.

Ça aurait déjà été une avant-midi plutôt bien remplie. 😂

Mais non.

La traversée a continué.

Et cette fois, je me suis retrouvée devant quelque chose de complètement différent.

La base

Je percevais une immense forêt.

À perte de vue.

Rien ne laissait présager qu’un lieu important puisse se trouver là.

Et pourtant…

quelque chose était caché au milieu de cette immensité.

Une structure de type militaire.

Rectangulaire, presque carrée.

Isolée.

Secrète.

Mais elle n’était pas seulement difficile à trouver parce qu’elle avait été construite au milieu de nulle part.

Elle était camouflée.

Je percevais une technologie beaucoup plus complexe qu’un simple système destiné à tromper l’œil.

Elle semblait agir sur les images et les perceptions elles-mêmes.

Comme si elle pouvait influencer ce que le cerveau s’attendait à voir — et peut-être même ce que certains dispositifs de détection interprétaient.

Vous pouviez regarder dans sa direction…

et ne rien remarquer.

Du moins, c’est ainsi que je l’ai vécu.

Une seule pièce

Une grande partie du complexe se trouvait sous terre.

Il était immense.

Pourtant, dans toute une aile située à gauche, une seule pièce semblait réellement importante.

Une cellule.

Je percevais également des gardes un peu partout.

Étrangement, je ne les voyais pas réellement.

Je savais simplement qu’ils étaient là.

Puis je suis arrivée à la pièce.

Elle était hexagonale.

Sombre.

Aucune lumière.

Et au centre…

quelque chose pendait du plafond.

Le cocon

Au premier regard, j’ai pensé à un immense cocon.

Il était suspendu et maintenu par des chaînes.

À l’intérieur se trouvait un être.

Endormi.

Ou plutôt…

en dormance.

Le cocon lui-même était extraordinairement complexe.

Il semblait constitué de nombreuses couches de matières différentes.

Certaines étaient métalliques.

D’autres m’étaient inconnues.

Une sorte de poussière recouvrait également certaines parties de la structure.

Du moins, j’ai d’abord cru qu’il s’agissait de poussière.

Ce n’en était pas.

C’était une matière collante possédant, dans ma perception, des propriétés magnétiques.

Tout semblait avoir été conçu dans un seul but :

maintenir cet être exactement là où il était.

Et devant son visage se trouvait quelque chose qui ressemblait à un miroir.

Le miroir

Ce miroir ne semblait pas simplement refléter son apparence.

Il lui renvoyait constamment…

ses propres pensées.

Encore.

Et encore.

Et encore.

Comme si le système cherchait à l’enfermer non seulement physiquement, mais aussi à l’intérieur de son propre esprit.

Une boucle.

Ses pensées lui étaient renvoyées en permanence.

Je l’ai compris comme une tentative de le désorienter, de l’épuiser, peut-être même de lui faire perdre ses repères.

Et pourtant, l’être respirait toujours.

Lentement.

Très lentement.

C’est alors qu’un détail plutôt important m’a été transmis :

ces êtres sont immortels.

Oui.

Parce que manifestement, mon Journal de bord n’était pas encore assez étrange. 😂

Depuis combien de temps?

Des centaines d’années.

C’est ce que je percevais.

Cet être se trouvait là depuis plusieurs centaines d’années.

Seul en apparence.

Toujours surveillé.

Maintenu dans cet état de stase.

Et le plus troublant n’était même pas son emprisonnement.

C’était son état intérieur.

Il ne semblait plus vouloir sortir.

Il était…

vaincu.

Sans espoir.

Lorsque je lui parlais intérieurement, il paraissait presque perméable à tout ce que je lui suggérais.

Comme s’il n’avait plus suffisamment d’élan pour résister à quoi que ce soit.

Mais quelque chose me disait également que les apparences pouvaient être trompeuses.

Alors j’ai continué à lui parler.

Pourquoi garder quelqu’un prisonnier pendant des siècles?

C’est évidemment la question qui s’est imposée.

Pourquoi?

Pourquoi autant de technologie?

Pourquoi cette cellule?

Pourquoi ce cocon?

Pourquoi maintenir cet être tangible?

Pourquoi continuer à le surveiller après autant de temps?

Progressivement, j’ai compris que ses geôliers ne le considéraient pas simplement comme un prisonnier.

Ils le considéraient comme une menace.

Pas nécessairement à cause de ce qu’il faisait.

À cause de ce qu’il était capable d’être.

Et pour comprendre cela…

l’expérience m’a ramenée beaucoup plus loin.

À sa naissance.


L’œuf

L’atmosphère a complètement changé.

Plus de base militaire.

Plus de cellule obscure.

Plus de chaînes.

Je me retrouvais devant une scène d’une beauté presque impossible à décrire.

Dans le ciel descendait lentement…

un œuf.

Translucide.

Avec des reflets dorés et irisés.

Il ne semblait pas être transporté par quelqu’un.

Il descendait comme s’il était délicatement déposé par une puissance sans forme.

Quelque chose que, dans l’expérience, j’aurais spontanément qualifié de divin.

L’œuf est venu se déposer sur un support magnifique.

Un socle composé de deux branches d’or travaillées.

Le tout reposait sur une sorte de table.

Et autour…

j’avais l’impression d’être dans un royaume angélique.

Une naissance célébrée

Les couleurs étaient douces.

Lumineuses.

Tout était enveloppé de mystère.

Mais surtout…

il y avait de l’amour.

Une sensation de fête.

Comme si cette naissance était attendue.

Célébrée.

Chérie.

Je me trouvais alors dans un état de transe suffisamment profond pour comprendre que je ne devais pas essayer de tout analyser.

Je devais recevoir.

Observer.

Ressentir.

Laisser les informations et les fréquences se déposer avant de chercher à leur donner une forme intellectuelle.

On m’expliquait que la naissance à laquelle j’assistais était extrêmement rare.

Quelques individus par millénaire

Cette forme de vie ne naissait presque jamais.

Seulement quelques individus…

en plusieurs millénaires.

Je ne sais pas comment interpréter littéralement cette information.

Je la rapporte telle qu’elle s’est présentée.

Mais je comprenais pourquoi cette naissance provoquait autant d’attention.

Cet être était précieux.

Chéri.

Rare.

Et sa nature même était exceptionnelle.

Puis l’œuf s’est ouvert.

Une conscience sans forme

Ce qui en est sorti était…

difficile à regarder.

Pas parce que c’était effrayant.

Parce que mes yeux n’arrivaient pas réellement à lui attribuer une forme stable.

L’être était translucide.

Iridescent.

Il semblait miroiter de mille feux.

Et presque immédiatement…

il se fondait dans son environnement.

Il pouvait disparaître dans le décor.

Changer.

S’adapter.

Imiter.

Et progressivement, on m’a fait comprendre ce que j’étais en train d’observer.

Un polymorphe total.

Devenir absolument tout

Cet être ne pouvait pas seulement modifier quelques caractéristiques physiques.

Sa nature lui permettait de se transformer entièrement.

Forme.

Apparence.

Couleur.

Texture.

Il pouvait se fondre.

Imiter.

Devenir.

Tout.

Et soudain, une partie de l’histoire de la prison commençait à devenir beaucoup plus claire.

Comment enfermer quelque chose qui peut devenir n’importe quoi?

Comment construire une cage pour un être qui peut modifier sa propre forme?

Comment même savoir que vous le regardez s’il peut se confondre parfaitement avec son environnement?

En théorie…

vous ne le capturez pas.

Sa nature elle-même est liberté.

Apprendre à se connaître avant d’explorer

On m’a également montré quelque chose de très beau sur les premières étapes de la vie de ces êtres.

Parce que pouvoir devenir absolument tout comporte aussi une difficulté :

qui êtes-vous lorsque vous pouvez être n’importe quoi?

Après leur naissance, ces êtres étaient donc gardés pendant leur maturation dans un environnement particulier.

Protégé.

À l’abri des influences extérieures.

Non pas comme une prison.

Comme un sanctuaire.

Un endroit où ils pouvaient apprendre à se connaître.

À reconnaître leur propre nature.

À gérer leurs capacités.

À distinguer ce qu’ils étaient de tout ce qu’ils pouvaient imiter.

Et seulement ensuite…

ils pouvaient partir explorer le monde.

Je trouvais tout cela fascinant.

Mais une question demeurait.

Pourquoi est-ce qu’on me montre ça?

Parce que l’être dans la cellule n’avait vraiment pas l’air d’avoir besoin d’un cours sur son enfance.

Il avait un problème beaucoup plus immédiat.

Alors l’expérience est revenue vers la prison.


Yin

Pendant tout ce temps, je percevais également un autre être.

Je croyais qu’il s’agissait d’une seconde conscience.

Peut-être une jumelle.

Elle possédait les mêmes capacités extraordinaires.

Elle changeait de forme.

D’apparence.

De couleur.

Elle était incroyablement lumineuse.

Rayonnante.

Et je percevais chez elle une nature davantage féminine.

Pour simplifier ce récit, je vais donc l’appeler :

Yin.

L’être emprisonné, lui, me semblait davantage masculin.

Je l’appellerai :

Yang.

À ce stade de l’expérience, j’étais convaincue d’avoir affaire à deux êtres distincts.

Et Yin était libre.

Très libre.

Deux façons d’utiliser la même nature

J’ai progressivement compris qu’ils avaient évolué dans le même univers, mais que leurs rôles semblaient très différents.

Yin travaillait davantage dans ce que je pourrais comparer à de l’espionnage.

Infiltration.

Transformation.

Observation.

Tout ce que peut permettre le fait d’être capable de devenir pratiquement n’importe qui ou n’importe quoi.

Yang, lui, semblait avoir occupé un rôle beaucoup plus direct.

Une sorte d’homme de main.

Les boulots moins propres.

Plus physiques.

Plus dangereux.

Tous deux avaient été reliés à une organisation dont je ne percevais pas la nature comme particulièrement bienveillante.

Et à un moment donné…

Yang avait cessé de vouloir coopérer.

C’est là qu’il était devenu un problème.

Impossible à laisser partir

Cette organisation l’avait observé.

Longtemps.

Étudié.

Surveillé.

Parce qu’un être possédant de telles capacités, connaissant leurs méthodes et décidant soudainement de partir…

représentait un risque immense.

Ils ne voulaient pas le voir quitter l’organisation vivant.

Mais il restait un détail.

Comment attraper l’inattrapable?

Ils avaient fini par trouver la réponse.

Il fallait utiliser la seule chose capable de le faire rester dans une forme tangible.

Il fallait frapper exactement là où ses capacités ne pourraient pas le protéger.

Ce qu’il aimait le plus au monde.

Le piège

On m’a montré la scène.

Les êtres qui avaient préparé sa capture étaient très grands.

Noirs.

Longilignes.

Certains atteignaient environ trois mètres.

Celui qui semblait occuper le rang le plus élevé avait des traits que j’associais à quelque chose de reptiloïde.

Un visage allongé.

De profonds sillons dans la peau.

Une allure presque royale.

Il portait une sorte de plastron et une cape.

Et sous cet ensemble…

je percevais des ailes dissimulées.

Mais sa nature semblait également comporter une ascendance liée à une forme de vie insectoïde.

J'ai essayé d'obtenir davantage d'informations.

Son nom?

Non.

Le nom de cette autre espèce?

Non plus.

Manifestement, monsieur n'avait pas envie de participer à mon Journal de bord. 😂

Ils avaient cependant préparé quelque chose de très simple.

Et extrêmement efficace.

Un dispositif au sol.

Une fraction de seconde

Yang était alors matérialisé sous une forme tangible.

Et on lui a montré ce qu’il aimait profondément…

en train de lui être enlevé.

Le choc a été immédiat.

Pendant cette fraction de seconde, son attention n’était plus sur lui-même.

Plus sur sa sécurité.

Plus sur sa capacité à changer de forme.

Il a posé le pied sur le dispositif.

Et le piège s’est refermé.

Un puissant champ l’a emprisonné.

Je l’ai perçu comme quelque chose s’apparentant à une cage de Faraday, même si je ne prétends évidemment pas que la technologie rencontrée fonctionnait réellement ainsi.

Ce qui comptait était le résultat :

il ne pouvait plus changer d’état.

Ils avaient réussi à le maintenir dans sa forme tangible.

Et à partir de là…

ils pouvaient l’enfermer.

Le liquide argenté

De retour devant le cocon, j’ai remarqué un détail que je n’avais pas compris au départ.

Tout en haut se trouvait une petite ouverture.

Par celle-ci, Yang recevait régulièrement une substance.

Elle ressemblait à…

de l’argent liquide.

Cette substance semblait contribuer à le maintenir dans cet état.

Stable.

Dense.

Tangible.

Même après des siècles.

Le cocon.

Les métaux.

La matière magnétique.

Les chaînes.

Le miroir.

Le liquide.

Tout travaillait ensemble.

Ils avaient créé une prison non pas seulement autour de lui…

mais autour de sa capacité à redevenir lui-même.

Et pendant que je comprenais tout cela, je continuais à lui parler.

Réveille-toi

Mon amie m’accompagnait toujours dans l’exploration.

Je continuais à envoyer de l’énergie vers le cocon.

À parler intérieurement à Yang.

À essayer de reconnecter avec ce qui existait encore derrière cet état de résignation.

Et lentement…

quelque chose a commencé à répondre.

Il se réveillait.

Pas brutalement.

Après plusieurs centaines d’années de stase, disons qu’on peut lui accorder quelques minutes. 😉

Mais sa matière commençait à changer.

Je le sentais devenir plus…

malléable.

Plus fluide.

Comme si sa nature véritable recommençait enfin à circuler.

Et pendant ce temps…

Yin arrivait.

Devant la porte

Elle avait pénétré dans le complexe.

Je ne sais pas exactement comment.

Mais compte tenu de ses capacités, entrer dans une base secrète était probablement la partie la moins compliquée de sa journée.

Elle s’est positionnée devant la porte de la cellule.

Et là…

elle a changé.

Elle est devenue dorée et translucide.

Puis elle a attendu.

Elle ne s’est pas précipitée dans la pièce.

Elle ne semblait pas avoir besoin de combattre.

Elle attendait simplement que Yang soit suffisamment réveillé.

Comme si elle savait exactement ce qui devait se produire ensuite.

À l’intérieur, nous continuions.

Énergie.

Fréquences.

Présence.

Et finalement…

Yang a retrouvé suffisamment de sa nature pour sortir.

Il traverse la prison

La matière qui le maintenait ne fonctionnait plus de la même façon.

Il n’était plus complètement figé dans cette densité imposée.

Sa forme devenait translucide.

Fluide.

Naturelle.

Le cocon n'était plus capable de le définir.

La prison n'était plus capable de le contenir.

Et Yang est sorti.

Il a traversé la porte.

Yin était là.

Dorée.

Lumineuse.

Elle l'attendait.

Et moi, je pensais encore assister aux retrouvailles de deux êtres profondément liés.

Peut-être des jumeaux.

Peut-être des partenaires.

Peut-être quelque chose que je ne savais pas encore nommer.

Puis…

ils se sont touchés.

Et ils ont fusionné.

Complètement.

Il n’y avait jamais eu deux êtres

C’est à ce moment que tout s’est replacé.

Yin et Yang n’étaient pas deux consciences.

Ils étaient deux parts du même être.

Le piège avait fait beaucoup plus que capturer Yang.

Le choc vécu au moment de l’enlèvement avait provoqué une forme de fractionnement.

Une partie avait été capturée.

Enfermée.

Maintenue tangible pendant des siècles.

L’autre était demeurée libre.

Yin.

Elle avait continué à travailler.

À infiltrer.

À explorer.

À « s’amuser », d’une certaine manière, avec ses capacités et sa liberté.

Mais elle ne savait pas comment retrouver l’autre part d’elle-même.

Et tout à coup, je comprenais aussi ce que j’avais vu au début.

La naissance.

L’œuf.

Le sanctuaire.

La rareté.

La nature polymorphe.

On ne me montrait pas l'histoire d'une espèce au hasard.

On me montrait l’histoire de cet être.

Redevenir entier

Lorsque Yin et Yang ont fusionné, quelque chose de très simple s’est produit.

Il n’y avait plus de prisonnier.

Il n’y avait plus de jumelle venue le chercher.

Il n’y avait plus de masculin et de féminin séparés.

Il y avait de nouveau :

un être.

Un polymorphe.

Libre.

Entier.

Et j'ai alors compris pourquoi cette histoire arrivait immédiatement après celle du dragon.

Encore une fois, la traversée me conduisait vers quelque chose qui avait été séparé.

Une part qui avait vécu une histoire.

Une part qui avait continué ailleurs.

Et un moment où ce qui avait été fractionné pouvait enfin se reconnaître et se rejoindre.

Mais revenir ne signifie pas redevenir celui que nous étions

Quelque chose avait cependant changé.

Cet être avait travaillé autrefois pour une organisation dont les valeurs ne lui correspondaient plus.

Yang avait effectué les tâches les plus sombres.

Yin avait continué à évoluer plus librement dans les zones de l’espionnage et de l’infiltration.

Ils avaient vécu séparément.

L’un enfermé.

L’autre libre.

Pendant très longtemps.

La fusion ne pouvait donc pas simplement ramener l’être à sa version d’avant.

Il revenait entier, mais transformé.

Et cette fois…

il choisissait.

Plus jamais au service de cette organisation

Il ne retournerait pas travailler pour eux.

Ni comme homme de main.

Ni comme espion.

Ni comme outil.

Sa nature exceptionnelle ne serait plus mise au service d’une structure qui décidait de ce qu’il devait devenir.

Après cette longue expérience, il avait choisi une autre direction.

L’autonomie.

La liberté.

Ses propres codes.

Ses propres valeurs.

Et l’envie d’utiliser ce qu’il était pour aider d’autres formes de vie.

Pas parce qu’un système le lui ordonnait.

Parce qu’il le choisissait.

Être libre lorsque l’on peut devenir tout

Et c’est ici que l’histoire de sa naissance prend, pour moi, une profondeur complètement différente.

Cet être avait été placé dans un environnement protégé lorsqu’il était jeune afin d’apprendre une chose essentielle :

se connaître avant de se perdre dans toutes les formes qu’il pouvait devenir.

Des siècles plus tard, après avoir servi une organisation, après avoir été fractionné, après qu’une part de lui ait été emprisonnée et l’autre laissée libre…

la même question revenait.

Qui suis-je…

lorsque je peux être tout?

Peut-être que sa liberté ne résidait finalement pas seulement dans son pouvoir de se transformer.

Elle résidait dans sa capacité à choisir consciemment :

ce qu’il voulait devenir.

Et surtout…

au service de quoi.

Et L’Émeraude?

C'est seulement après cette traversée qu'un détail d'une autre expérience m'est revenu en tête.

Entrée 01 — L'Émeraude.

Dans cette aventure nocturne, une autre expression de moi accomplissait une mission.

Elle possédait des capacités que je ne comprenais pas.

Elle avait récupéré un objet extrêmement particulier.

Et lorsqu'elle devait fuir…

elle avait changé de forme.

Complètement.

Elle était devenue un immense serpent noir.

À l'époque, j'avais simplement noté ce détail parmi les étrangetés de l'expérience.

Aujourd'hui…

évidemment que je me pose la question. 😉

Y a-t-il un lien?

Était-ce une expérience reliée à cette même conscience?

Était-ce une capacité similaire?

Est-ce simplement mon imaginaire qui utilise régulièrement la transformation comme langage symbolique?

Je n'en sais rien.

Et je vais résister à l'envie de compléter les morceaux du casse-tête simplement parce qu'ils semblent bien s'emboîter.

Mais conformément à ma règle du Journal de bord :

je note la correspondance.

Transformation totale.

Mission.

Capacités inhabituelles.

Liberté de changer de forme.

Et je laisse le point d'interrogation à côté.

Parce que si ce fil doit revenir…

il reviendra.

Ce que je ramène de cette rencontre

Comme pour Le Dragon, je raconte ici une expérience vécue dans un état de conscience modifié et guidé.

Je ne peux pas démontrer objectivement l'existence d'une espèce immortelle de polymorphes, d'une base dissimulée dans une forêt ou des êtres rencontrés pendant cette traversée.

Je peux seulement raconter ce que j'ai vu, ressenti et compris pendant l'expérience.

Et ce que j'en ramène aujourd'hui dépasse largement l'étrangeté de l'histoire.

Je retiens l'image d'un être capable de devenir absolument tout…

qui doit pourtant apprendre à se connaître pour ne pas se perdre dans toutes ses possibilités.

Je retiens l'image d'une part emprisonnée et d'une autre demeurée libre.

Je retiens que la liberté extérieure ne suffit peut-être pas toujours lorsque quelque chose de nous demeure enfermé ailleurs.

Je retiens surtout que lorsque les deux se retrouvent…

elles ne reviennent pas en arrière.

Elles deviennent quelque chose de nouveau.

Plus entier.

Plus conscient.

Et libre de choisir ce qu'il fera désormais de sa propre puissance.

Je pensais assister à la libération d'un prisonnier.

Puis aux retrouvailles de deux êtres.

Je me trompais.

J'assistais à quelque chose de beaucoup plus simple…

et peut-être de beaucoup plus profond.

Un être était en train de revenir à lui-même.

— Fin de l'Entrée 07 —

Journal de bord d'une voyageuse multidimensionnelle
Annie Tremblay | Annie_lightL

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