Journal de bord d’une voyageuse multidimensionnelle
Entrée 02 — La Pièce secrète
Un fragment de mes voyages nocturnes — raconté avec ce qu’il m’en reste.
Il y a un petit problème lorsqu’on voyage pendant son sommeil :
au réveil, nous sommes parfois absolument convaincus que nous nous souviendrons de tout.
Alors nous écrivons quelques lignes.
Quelques mots.
Une phrase qui semble suffisante pour ramener tout le reste plus tard.
Et puis le temps passe.
Et non.
Le reste ne revient pas. 😄
C’est exactement ce qui s’est produit avec cette expérience.
Il m’en reste peu d’images et encore moins de détails. Mais étrangement, ce que j’ai ressenti et la décision que j’ai prise sont demeurés très clairs.
Et peut-être était-ce finalement cela, la partie importante du voyage.
Le petit coffre
Je me trouvais dans un espace particulier.
Je ne me souviens plus exactement de ce qui m’avait conduite jusque-là.
Je sais seulement qu’à un moment précédent de l’expérience, j’avais ouvert un petit coffre de bois.
Il était simple, mais très beau.
Soigné.
Le bois comportait des détails et des gravures qui lui donnaient quelque chose de particulier.
À l’intérieur se trouvait une clé.
Et cette clé ouvrait une porte.
Pas n’importe laquelle.
La porte d’une pièce secrète.
Je savais que cet endroit n’était pas une pièce ordinaire cachée derrière un mur.
Posséder cette clé permettait d’accéder à un espace hors du commun.
Je ne pourrais aujourd’hui vous dire exactement ce qu’il y avait derrière cette porte.
Parce que je ne l’ai jamais ouverte.
« Partage avec moi un instant l’espace de cette pièce »
Je me tenais devant la porte.
La clé était accessible.
J’aurais pu entrer.
Et c’est à ce moment que j’ai entendu, à l’intérieur de moi :
« Partage avec moi un instant l’espace de cette pièce. »
Je ne me souviens pas d’avoir vu quelqu’un.
Je ne pourrais pas décrire une présence.
Je n’ai pas de visage à raconter.
Et pourtant, dans cet instant, je savais.
Ce que je percevais était relié à une forme d’ombre.
Pas nécessairement quelque chose de mauvais.
Pas quelque chose que je devais combattre.
C’était beaucoup plus subtil que cela.
J’avais l’impression qu’une part « ombragée » était prête à retrouver quelque chose de la lumière.
Écrit aujourd’hui, cela me semble presque abstrait.
Mais dans cet espace, pendant l’expérience, cette compréhension était immédiate.
Elle avait sa propre logique.
Je n’avais pas besoin de l’analyser.
Je savais.
Et pourtant…
j’ai dit non.
Je n’ai pas ouvert la porte
Ça aurait probablement donné une bien meilleure histoire pour mon Journal de bord. 😂
Une pièce secrète.
Une clé mystérieuse.
Une présence.
Une invitation.
Évidemment qu’il faudrait ouvrir la porte!
Eh bien…
non.
Je ne l’ai pas ouverte.
Quelque chose en moi me disait de ne pas utiliser cette clé.
Alors j’ai refusé l’invitation.
Je n’ai pas pénétré dans la pièce.
Et je n’ai pas non plus jeté la clé.
C’est là que mon choix est devenu intéressant.
Garder la clé
J’ai décidé de la cacher.
Je voulais la placer dans un endroit secret et sécuritaire que moi seule connaîtrais.
Ainsi, si un jour j’avais besoin de revenir…
je pourrais récupérer la clé.
La porte ne disparaissait pas.
La possibilité non plus.
Je choisissais simplement :
pas maintenant.
Avec le recul, c’est peut-être l’élément de cette expérience qui me touche le plus.
Je n’ai pas détruit ce que je ne voulais pas explorer.
Je ne l’ai pas rejeté.
Je ne l’ai pas combattu.
Mais je n’ai pas accepté non plus d’y entrer simplement parce qu’une invitation m’avait été faite.
J’ai conservé la clé.
Et j’ai choisi de partir.
Puis est venue la culpabilité
Après mon refus, j’ai ressenti une bouffée de culpabilité.
Assez forte pour me perturber.
Et pour me questionner.
Avais-je fait le mauvais choix?
Aurais-je dû accepter?
Est-ce que je venais de refuser quelque chose d’important?
Est-ce que cette part avait besoin de moi?
Cette culpabilité est demeurée suffisamment présente pour que je m’en souvienne encore aujourd’hui.
Mais il y a également quelque chose d’autre qui n’a jamais changé.
Sous les questions…
sous la culpabilité…
sous l’envie de comprendre…
je savais que mon choix était cohérent.
Je le ressentais.
Et je le ressens encore.
Je devais dire non.
Point.
Toutes les portes ne demandent pas à être ouvertes
Avec le recul, cette expérience m’a laissé une réflexion beaucoup plus importante que les détails que j’ai oubliés.
Dans les univers spirituels, nous parlons énormément d’ouverture.
Ouvrir son cœur.
Ouvrir sa conscience.
Ouvrir ses perceptions.
Recevoir.
Accueillir.
Dire oui à l’Univers.
Mais je crois que le discernement spirituel passe également par la capacité de dire :
non.
Une porte mystérieuse n’a pas besoin d’être ouverte simplement parce qu’elle existe.
Une invitation n’a pas besoin d’être acceptée simplement parce qu’elle semble spirituelle.
Et quelque chose qui se présente comme un cadeau n’a pas nécessairement besoin d’être reçu.
Je ne dis pas cela parce que je crois que chaque objet symbolique cache un dangereux portail.
Je n’ai aucune façon de savoir ce qu’était réellement cette clé.
Mais dans mon expérience, mon ressenti me disait de ne pas aller plus loin.
Et cela me suffit.
Faire confiance à ce qui dit non
Nous accordons parfois énormément d’importance aux grandes intuitions qui nous disent :
Vas-y.
Saute.
Explore.
Ouvre.
Mais l’intuition peut aussi être extrêmement sobre.
Pas maintenant.
Ne prends pas cela.
N’entre pas.
Non.
Et peut-être que faire confiance à son intuition signifie apprendre à respecter les deux.
Le oui qui ouvre une porte.
Et le non qui nous demande de rester devant.
Et cette « part d’ombre »?
Il y a toutefois une autre dimension de cette expérience qui me semble encore plus importante aujourd’hui.
J’aurais pu interpréter cette présence comme quelque chose dont je devais me débarrasser.
Une ombre à éliminer.
Une énergie à combattre.
Une part qu’il fallait absolument transformer en lumière.
Mais ce n’est pas ce que je ressens.
Au contraire.
Avec le recul, j’ai plutôt envie de lui dire :
Tu peux exister.
Je n’ai pas besoin de te détruire pour choisir la lumière.
Je n’ai pas besoin non plus de te laisser entrer partout.
Je peux reconnaître ta présence.
Je peux t’honorer.
Je peux même t’aimer comme une partie de l’ensemble.
Et je peux conserver mes limites.
Peut-être est-ce cela qui me touche le plus aujourd’hui :
accueillir ne signifie pas tout autoriser.
L’ombre et la lumière
Nous aimons souvent imaginer notre évolution comme un passage de l’ombre vers la lumière.
Comme si le but était de devenir suffisamment lumineux pour que plus aucune ombre n’existe.
Je ne crois plus que ce soit ainsi que je souhaite regarder l’Être.
L’ombre et la lumière peuvent cohabiter.
Elles peuvent même nous apprendre quelque chose l’une sur l’autre.
Reconnaître une part plus sombre ne signifie pas lui donner les clés de la maison.
Et choisir la lumière ne signifie pas prétendre que l’ombre n’existe pas.
Peut-être s’agit-il davantage d’apprendre à être suffisamment présent pour reconnaître :
ce que j’accueille,
ce que je refuse,
ce que je suis prêt à explorer,
et ce qui devra attendre.
La clé est toujours quelque part
Je ne sais pas ce qu’il y avait derrière cette porte.
Je ne sais pas ce que cette pièce représentait.
Je ne sais pas qui — ou quoi — m’a demandé de partager cet espace.
Je ne sais même pas si cette expérience était un rêve symbolique, une construction de mon inconscient, une expérience spirituelle ou quelque chose que je qualifierais aujourd’hui de multidimensionnel.
Et finalement, ce n’est peut-être pas la question la plus importante.
Ce dont je me souviens, c’est que j’avais une clé.
J’avais le pouvoir d’ouvrir.
Et j’ai choisi de ne pas le faire.
Pas par peur.
Pas pour détruire ce qui se trouvait derrière.
Simplement parce que quelque chose en moi disait :
pas maintenant.
Alors j’ai caché la clé dans un endroit que moi seule connaissais.
Et quelque part dans cet étrange territoire intérieur — symbolique, onirique ou multidimensionnel — j’aime imaginer qu’elle y est encore.
En sécurité.
Disponible.
Sans urgence.
Parce que toutes les portes n’ont pas besoin d’être ouvertes aujourd’hui.
Et peut-être que certaines formes de sagesse commencent précisément lorsque nous découvrons que posséder la clé ne nous oblige jamais à tourner la serrure.
— Fin de l’entrée 02 —
Journal de bord d’une voyageuse multidimensionnelle
Annie Tremblay | Annie_lightL